Pourquoi une situation nous blesse alors qu’elle glisse sur quelqu’un d’autre

Deux collègues reçoivent exactement le même commentaire. L’une y repense pendant trois jours. L’autre l’a oublié avant la fin de l’avant-midi.

On conclut vite que la première est « trop sensible ». Je ne suis pas d’accord. Ce qui les distingue, ce n’est pas la sensibilité, c’est ce qui se passe entre l’événement et l’émotion. Parce qu’entre les deux, il y a toujours une étape qu’on ne voit pas : l’interprétation. Le commentaire arrive, le cerveau lui donne un sens en une fraction de seconde, et c’est ce sens-là qui déclenche la réaction. « Il trouve que je ne fournis pas. » « On me reproche encore quelque chose. » « Je ne suis jamais assez. »

Cette étape n’est pas un défaut de fabrication. Elle s’est construite avec le temps, à partir de ce qu’on a vécu et de ce dont on a manqué. Une remarque sur notre travail touche différemment quand on a grandi en se faisant dire qu’on n’en faisait pas assez.

La bonne nouvelle est là : puisque cette interprétation s’est apprise, elle peut se transformer. On ne change pas les gens ni leurs commentaires. On peut changer le trajet entre les deux.

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